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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Downsizing de Alexander Payne

“Réduction de taille”. Ce n’est pas le cas du film, long. Mais charmant. Un film cyberpunk, dystopique… Voilà des qualificatifs qui sont très snobs mais pourraient alimenter les discussions des enragés de ce type de fiction, celle dans laquelle la réduction des corps humains serait possible et sollicitée par des gens conscients que cette façon d’agir permettrait de sauver la planète.

Au départ de cette idée, nous sommes baladés, lentement, de réflexions en scènes de dialogue, de rencontres en découvertes, qui prennent toutes leur temps et petit à petit précisent les enjeux et la complexité (présentée de façon amusante et techniquement très adroite) de la cohabitation de deux mondes : Les Voyages extraordinaires de Gulliver revisités, façon écolo. Laissez-vous emporter dans ce mélange de naïveté charmante, de comédie simpliste, pleine de belles images, de conversations messianiques, d’apprentis gourous reconnaissables à leur abondante toison. Les bons sentiments, les réflexions de magasines de salles d’attentes dégoulinent de ce miel un peu collant qui est le produit d’une pensée progressiste, mâtinée d’un prosélytisme un rien infantile.

cc Universal

 

The Post de Steven Spielberg

Un film passionnant. Et d’un très grand intérêt car, comme un combat de David contre Goliath, il décrit la confrontation de deux pouvoirs, de deux raisons d’agir : la défense de la Nation et la Liberté de la presse. Le 2e et le 4e pouvoir.

La période choisie est celle de la guerre du Vietnam et le prétexte, la publication de rapports classés Secret Défense.

Le film est d’une écriture très classique, chronologique et sans grande originalité. Ce qui en fait sa grandeur, c’est la qualité des acteurs, tous. La reconstitution de l’époque, et en particulier celle de la fabrication d’un journal au temps des linotypes. Mais le sujet est évidemment d’une actualité brulante et son traitement est riche, sans être trop manichéen. Un peu ” tenue de soirée ” avec plastrons amidonnés et cheveux gominés, mais c’est l’époque qui le veut. La musique de John Williams contribue à cette ambiance empesée.

Le scénario nécessite de bien s’accrocher pour comprendre toutes les strates qui se superposent dans le récit, mais à juste raison. Et la courte séquence de fin est la cerise sur le gâteau, car chacun sait la suite qui sera réservée à l’action évoquée, qu’un seul nom, connu depuis à travers le monde, résume.

Nous sommes souvent irrités par les journalistes, en particulier lorsqu’ils abordent un sujet que l’on croit mieux connaître qu’eux. Il faut se souvenir que ” les journalistes écrivent les brouillons de l’histoire “. Et ici, l’histoire étant connue, le travail des journalistes et de ceux qui les soutiennent est mis à l’honneur. En cette période de ” lanceur d’alerte ” ” papers ” et autre ” leaks ” la chose mérite d’être mise en lumière. De brillante façon.

Francis de Laveleye

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