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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

La Promesse de l’Aube d’Eric Barbier

Promesse tenue : le film est très réussi, dans un genre ” grand classique ” avec une option de biopic courageuse : de l’enfance à la maturité d’un très grand écrivain. La question des âges différents est bien gérée, Charlotte Gainsbourg fait de son mieux, parfois c’est un peu plus faible, mais parler polonais, fumer en toute circonstances, avoir un comportement souvent hystérique et cela de 30 à 50 ans environ, c’est un défi qui n’est pas trop mal relevé. Le récit, sauf le prologue, suit la chronologie, quel repos ! Il n’y a pas grand chose que l’on n’aie vu déjà : la Pologne misérable de l’avant guerre, l’antisémitisme qui infecte tous les cerveaux, certes avant la Shoah, mais qui l’a facilité certainement. Puis le charme du Paris estudiantin, de Nice lumineuse, l’armée, l’Afrique, la guerre. Tout cela fait un film qui avance bien, avec des décors, des costumes, des acteurs, des scènes en tous genres qui font ” bon cinéma “. Une mention particulière pour les scènes d’aviation et de combats aériens. Dunkirk à côté, c’est juste rien du tout. Mais la chose sans doute qui, à mes yeux, distinguera positivement ce film c’est le travail de l’image, absolument remarquable. Il marque les époques, il intègre des documents existants d’archives, il y a une ambiance contrastée à chaque époque, en chaque lieu. Superbe. Le chef opérateur belge Glynn Speeckaert est au sommet de son art et rejoint les maîtres de la peinture flamande qui, par leurs cadrages, leurs lumières, les recherches de profondeur de champs et de flou, les diffusions, créent un univers qui correspond parfaitement à l’atmosphère qui sert le récit. Si vous n’avez qu’une raison pouraller vous laisser transporter par ce film, ce pourrait bien être la beauté et le talent des images. Le tax shelter a encore servi le cinéma français. Mais des techniciens,  des talents ” bien de chez nous ” sont au générique (Bonjour Héloïse M) et il y a eu des tournages en Belgique. Mais cela ne se voit pas… Pourtant l’on pourrait s’enorgueillir du champs d’aviation par exemple.

Le personnage ” central ” n’est peut-être pas Gary, mais sa Mère. Une mère russe si bien décrite par Alain Bosquet. Ce type de personnage véritable pieuvre, mygale, donne l’une des lignes fortes du film ; mais il en est d’autres : la Pologne antisémite, l’avant-guerre puis le combat. La découverte de l’amour par un jeune homme qui en profite gaiment.

Bref, un film qui se laisse regarder avec plaisir et qui est d’un niveau proche du cinéma anglais si performant en matière de reconstitution historique.

cc Cinéart

A Man of Intergrity de Mohammad Rasoulof

Un film iranien, politique, austère et très intéressant. Mais ce n’est pas un feel good movie de fin d’année. Un homme fait de la pisciculture. Son épouse dirige une école. Et leur fils grandit dans cet univers très rigide, corrompu, sous la pression des radicaux religieux et des mafieux qui font bon ménage. L’histoire n’est pas simple à suivre, tortueuse, elle met en jeu des mécanismes narratifs qui sans doute reflètent bien la complexité, les paradoxes et les violences d’une société dans laquelle vivre simplement semble impossible. Le film se mérite, car rien n’est expliqué de façon limpide, les particularités de la société iranien nous échappent sans doute, mais reste ce sentiment que la défense de l’intégrité, le refus du compromis, de la soumission, sont des préoccupations universelles et le film en donne un écho très stylé, de belle qualité esthétique, avec des acteurs tous convaincants et des tentions successives qui maintiennent l’attention, malgré un rythme général lent, un certain sens de la contemplation laissant de longs moments de méditation, comme lorsque le héros va s’immerger et s’isoler pour se resourcer et raffermir ses convictions morales et éthiques.

Voilà sans doute un film qui fera l’objet d’exégèses et d’utilisations pour cinéphiles pointus. Ils auront de quoi se mettre sous la paupière. Et auront de la considération pour ce cinéaste qui paye de sa personne, prend des risques pour sa propre liberté en critiquant un régime et une pensée obscurantiste qui ne le tolère pas.

Francis de Laveleye

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