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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Maryline de Guillaume Gallienne

Une petite pépite. Guillaume et les garçons, à table ! avait déjà donné la mesure du talent d’un acteur devenu réalisateur. Ici, s’il n’est plus à l’image il laisse toute la place à son actrice Adeline D’Hermy sortie de ” nul-part ” mais prodigieuse. Le film suit durant plusieurs années une petite oie blanche qui rêve de faire l’actrice. Au cinéma, au théâtre. Avec un sens de l’observation, une précision dans chaque détail, le parcours, tout est est décrit de façon très précise et cruelle. Douloureuse.

Tout cela dégage une grande émotion et de subtiles saynètes illustrent les épreuves, les humiliations et les joies de la vie d’une actrice ” ordinaire “. Je peux vous dire que c’est bien vu, du vécu ! Le maquillage de Katje Van Damme, la photo de Beaucarne contribuent beaucoup à créer ce portrait tout en nuance, en douleur et en éclats de rire. Ces talents sont, avec la scripte et les studio de bruitage, les seules justifications je crois de l’évasion fiscale organisée une fois de plus via le Tax Shelter au bénéfice d’un film franco-français.

cc Cinéart

Der junge Karl Marx (Le Jeune Karl Marx) de Raoul Peck

Ce qui me parait capital dans ce film, c’est sa beauté formelle, sans outrance, une très belle reconstitution d’époque. Nous sommes à la fin de la première moitié du XIXe siècle, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique, à Paris. En ville, dans des usines, à des meetings, des rédactions de journaux, et petit à petit se nouent des liens qui marqueront l’histoire. Engels et Marx dans leur quotidien, incarnés de façon crédible et talentueuse.

Par contre, demander à Gourmet d’être Proudhon,  ce n’était pas prudent ; on est passé à deux doigts de la catastrophe, une fois encore. Mais tous les rôles, même modestes, ont une unité de style qui s’intègre bien dans cette atmosphère brune, laborieuse, aux éclairages souvent insuffisants qui augmentent encore ce sentiment d’étouffement ressenti par le spectateur, reflet subtilement restitué d’une condition ouvrière nouvelle – celle de la révolution industrielle – et terrible, celle de l’asservissement aux lois du marché, celles de la concurrence et de la privatisation du profit.

Après Baldwin dans I am not your negro (390) c’est Marx qui est l’objet de ce film du talentueux Raoul Peck qui avait marqué déjà par son Lumumba. Un militant du cinéma. Dont la carrière politique et académique sont d’une rare richesse. Ce film me semble parfaitement maîtrisé, coulé dans une forme, une esthétique en parfaite adéquation avec son propos. Nous sommes aux antipodes du biopic, du spectacles ” historique “, de l’histoire d’amour et de la description psychologique de fortes personnalités. Et pourtant tous ces éléments contribuent à l’intérêt du film de façon … manifeste. Un film d’histoire pour l’avenir. Et l’occasion est bonne de souligner qu’ici le Tax Shelter, dans une coproduction européenne ambitieuse, trouve sa parfaite raison d’être.

Francis de Laveleye

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